Perseus
Dimensions:
With base: 78 × 19 × 20 cm (H × W × D)
Without base: 39 × 25 × 8.5 cm
Signature: Signed "Mitoraj" at the bottom right of the bronze
Edition: B 579/1000
Base: Stone base custom-made by another artist, monogrammed "H.V."
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Persée
Artiste : Igor Mitoraj
Technique : Bronze à patine verte sur socle en pierre réalisé sur mesure
Dimensions : 39 H× 25 L× 8,5 P
Une silhouette mutilée s'élève dans la lumière, et c'est dans cette blessure même que Persée puise sa force. « Persée » Igor Mitoraj aborde ce sujet avec l'état d'esprit d'un exilé qui cherche dans les ruines de l'Antiquité une patrie intérieure. Né en 1944 à Oederan, en Allemagne, de parents polonais, il a grandi entre la mémoire de la guerre, le déracinement et le silence des paysages d'Europe centrale. Formé à l'Académie des beaux-arts de Cracovie auprès de Tadeusz Kantor, il quitte la Pologne en 1968 et s'installe à Paris avant de trouver en Italie, à Pietrasanta, un atelier où le marbre et le bronze lui permettent de dialoguer avec les maîtres anciens. Au moment où il donne forme à Persée, Mitoraj porte en lui cette tension entre grandeur classique et fragilité moderne. Il ne cherche pas à reconstituer un héros triomphant, mais à interroger la blessure qui habite tout corps, toute mémoire, toute victoire. Son esprit est celui d'un veilleur : il regarde le mythe grec comme un miroir tendu à l'homme contemporain, avec gravité, tendresse et une forme de mélancolie lumineuse. La sculpture montre un corps masculin debout, saisi dans une verticalité calme et souveraine. Le torse est puissant, les épaules larges, mais l'ensemble demeure incomplet : des membres manquent, des surfaces semblent interrompues, comme si la figure avait traversé le temps et en portait les cicatrices. Le visage est partiellement voilé, enveloppé d'un bandage qui couvre les yeux ou une partie du front, et cette cécité volontaire donne à Persée une présence énigmatique. Le héros ne regarde plus le monstre : il regarde en lui-même. La main qui devrait tenir l'épée ou la tête de Méduse est absente, suspendue dans le vide, et pourtant le geste demeure lisible, comme une trace dans l'air. Le bronze, patiné de brun sombre et de reflets verts, capte la lumière avec douceur ; les zones polies répondent aux parties plus rugueuses, créant un contraste entre la peau idéale du héros et la matière brute de la pierre ou du socle. Le corps semble naître du bloc, arraché à l'informe, et cette sortie de la matière confère à l'œuvre une aura de résurrection. Plusieurs détails concentrent la force de l'œuvre. Le bandage sur le visage est un motif récurrent chez Mitoraj : il évoque à la fois la blessure, le soin et le silence imposé à la parole. L'absence des mains transforme le héros en figure offerte, privée de l'acte violent qui définit traditionnellement Persée. La technique de la fonte à la cire perdue permet ces transitions subtiles entre le lisse et le rugueux, entre le corps et le socle. La patine, travaillée par l'artiste, n'est pas uniforme : elle joue sur des nuances de terre, de bronze vieilli et de vert-de-gris, comme si la sculpture avait déjà traversé des siècles. Enfin, le traitement du torse, à la fois anatomique et stylisé, rappelle les marbres antiques tout en les privant de leur perfection narrative. L'œuvre propose une relecture symbolique du mythe. Persée n'est plus seulement le vainqueur de Méduse ; il devient l'homme aux prises avec ses propres terreurs. La tête coupée du monstre, absente ou suggérée, renvoie à tout ce que l'on doit trancher en soi pour survivre : la peur, la colère, le ressentiment. Le bandage signifie que la victoire ne se voit pas, qu'elle demeure intérieure et souvent muette. La fragmentation du corps dit l'inachèvement de l'être humain, sa vulnérabilité essentielle. Mitoraj transforme ainsi le héros antique en frère de douleur, en témoin d'une humanité qui avance malgré les manques. Persée devient une figure de la résilience : ce qui est brisé n'est pas détruit, mais recomposé dans une beauté nouvelle. Le style de Mitoraj s'inscrit dans un classicisme contemporain, nourri par l'École de Paris et par la sculpture méditerranéenne. Il emprunte aux Grecs et aux Romains leur idéal de proportion, mais il en retire la certitude triomphale. Son travail relève d'une esthétique néo-classique fragmentaire, où le corps est à la fois monument et ruine. On y retrouve l'influence de la statuaire archaïque, du surréalisme et d'une certaine tradition polonaise de la mémoire blessée. Cette œuvre est un exemple de ce que l'on pourrait appeler un humanisme fissuré : la forme classique demeure, mais elle porte en elle l'empreinte du doute et de l'histoire. L'ambiance qui se dégage de Persée est celle d'un silence dense, presque sacré. La lumière semble tomber sur le bronze comme sur un vestige antique exposé dans un musée imaginaire. Il n'y a ni violence spectaculaire ni
Provenance : Collection Galerie Marek & Sons, 12 rue de la Grange Batelière, 75009 Paris. Expertise depuis 1994.
Manifest IIIF : Consulter le manifest IIIF
Licence : CC BY-NC-ND 4.0